Le château d'Angers, aussi appelé château des ducs d'Anjou, est une forteresse  édifiée sur un promontoire de schiste ardoisier qui domine la Maine. C'est un des sites touristiques les plus visités de Maine-et-Loire.  

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L'emplacement est stratégique car il se situe sur le flanc ouest de la colline de la Cité, le point le plus haut d'Angers, avec 47 mètres. L'altitude du château oscille entre 35 et 45 mètres. Il domine la Maine qui coule à une altitude de 20 mètres environ.  

En 1997, un cairn est mis au jour à l'ouest de la cour, sous les vestiges de l'ancien château comtal. Construit aux alentours de 4500 av. J.-C., le cairn se compose de quatre ou cinq chambres funéraires. Il fait environ 17 mètres de diamètre et est entièrement construit en dalles de schistes. Le façonnage de ces plaques laisse percevoir la maîtrise de l'exploitation ardoisière dès le Néolithique.

La présence d'un oppidum gaulois de la tribu des Andécaves sur le site fut longtemps rejetée face au peu d'indices permettant d'étayer l'affirmation. Cependant, la campagne de fouilles préventives entre 1992 et 2003 a finalement pu démontrer l'existence d'une occupation à l'époque de La Tène finale (vers 80-70 av. J.-C.) jusqu'à la période augustéenne (10 av. J.-C.). La présence de mobiliers archéologiques, de vestiges d'un rempart à poutrages horizontaux et la découverte de voies délimitant des secteurs d'activités permettent d'envisager à nouveau l'hypothèse d'un oppidum sur le site du château.

Pendant l'occupation romaine, vers la fin du Ier siècle, le site est aménagé en une vaste plate-forme ceinte de murs à contreforts, surplombant la Maine. Un temple ainsi que ses satellites y sont édifiés. À la fin du IIIe siècle, les migrations des peuples germaniques apportent un état d'insécurité croissant. Les habitants de la région se réfugient alors à Juliomagus (ancien nom d'Angers) et entourent la cité d'une enceinte haute de 10 à 12 mètres. Une partie des remparts gallo-romains traversaient l'actuel château d'ouest en est, longeant l'ancien promontoire du Ier siècle dont les édifices ont probablement été détruits pour construire la muraille. À son extrémité ouest, sous la galerie de l'Apocalypse, au niveau de la chapelle Saint-Laud, se trouvent les vestiges d'une tour de l'enceinte urbaine.  

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Les fouilles ont également permis de révéler l'occupation du site entre le VIIe et IXe siècles. On y trouve des bâtiments d'une bonne qualité de construction ainsi que des espaces d'artisanats et de jardins qui correspondraient à une résidence épiscopale, l'évêque étant mentionné comme le propriétaire de l'emplacement du château au milieu du IXe siècle.

En 851, l'évêque d'Angers, Dodon, permet au comte d'Anjou de s'installer sur un terrain, « près de l'enceinte ». Cette position permet de surveiller la Maine à une époque où Angers est vulnérable aux raids normands. Cela ne les empêchera pas de s'emparer à plusieurs reprises de la ville. Dans le même temps, les Bretons effectuent des raids et s'emparent d'une partie du territoire angevin. C'est une fois la période de troubles et d'invasions terminée que les comtes d'Anjou édifient ce qui deviendra le palais comtal. Celui-ci ne subira jamais de siège et sera très peu fortifié car les comtes d'Anjou vont peu à peu soumettre le Poitou, le Maine, la Normandie et l'Aquitaine. Il est constitué en majorité de bâtiments d'habitations. La chapelle Sainte-Geneviève, qui dessert les habitants du site, reçoit vers la fin du IXe siècle les reliques de saint Laud, lesquelles lui laisseront finalement leur nom.  

Vers le XIIe siècle, le palais passe sous le contrôle de la dynastie des Plantagenêts. En 1131 ou 1132, un incendie le dévaste. Pendant la reconstruction, la Grande salle est réaménagée et dotée de l'actuelle porte. Les appartements continuent d'y évoluer vers le nord et le sud de la cour. La nouvelle chapelle Saint-Laud est érigée à l'extérieur de l'enceinte romaine sur laquelle elle appuie sa façade nord. Le palais perd son rôle de centre politique car les souverains plantagenêts ne tiennent plus qu'épisodiquement leur cour à Angers. Les chambres et logis se dégradent.

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En 1214, après la bataille de Bouvines et celle de la Roche-aux-Moines, le roi de France Philippe Auguste confisque l'Anjou à Jean sans Terre et réunit la province au domaine royal, ce qui rapproche alors les frontières royales plus près du duché de Bretagne, lequel ne dissimule pas son hostilité au royaume de France. Les Bretons parviennent à prendre Angers en 1227 mais en sont rapidement chassés par les troupes de la régente Blanche de Castille et Louis IX. Blanche entame peu de temps après la construction d'une forteresse royale. Pour la mener à bien, les chanoines de Saint-Laud, ainsi qu'une partie des habitants de la ville sont expulsés. La construction prend une douzaine d'années (1230-1242) qui est l'acte de naissance de la forteresse telle qu'elle est perçue aujourd'hui : une enceinte de plus de 800 mètres de long ponctuée de 17 tours. Seul le flanc nord, abrupt, face à la Maine, ne sera jamais fortifié.  

L'Anjou est alors laissé en apanage au frère de Louis IX, Charles Ier de Sicile. Il sera à l'origine de la dynastie capétienne d'Anjou. Bien que Charles soit appelé par le pape en Italie, il ne néglige pas la forteresse pour autant, s'assurant de l'entretien et de l'amélioration de celle-ci. C'est sur le modèle du château d'Angers qu'il fait construire à Naples le Castel Nuovo. Ses successeurs marqueront peu de leur empreinte le château, lequel revient dans le giron royal en 1290. Angers perd alors son rôle politique et ses logis se dégradent.

L'Anjou devenu duché en 1360, une nouvelle dynastie, issue de la Maison de Valois, va prendre place à Angers. Louis Ier d'Anjou y séjourne rarement, de même que son successeur Louis II. Louis Ier rénove cependant le logement du sénéchal derrière la porte de la Ville, avant 1370, puis il réaménage la Grande salle, dans laquelle il perce de nouvelles fenêtres plus larges et où il installe une monumentale cheminée. Il va également construire une nouvelle cuisine quatre fois plus grande que l'ancienne cuisine comtale qu'elle jouxte. Son successeur, Louis II, érige vers 1410 le Logis royal. Yolande d'Aragon, épouse de Louis II, fait édifier une nouvelle chapelle afin d'y héberger la relique de la Vraie Croix d'Anjou, laquelle était précédemment hébergée à l'abbaye de La Boissière menacée par les Anglais. En 1409, elle met au monde, dans les appartements du château, son fils René. Elle fait également remettre le château en état de défense, en prévision des incursions anglaises. En 1443, le duc de Somerset, débarqué en Normandie avec 8 000 hommes, arrive dans les faubourgs d'Angers. Une salve d'artillerie tirée depuis le château tue un des capitaines de Somerset qui décide de lever le camp et part assiéger le château de Pouancé. Sous le règne du duc René d'Anjou, le Logis royal se voit adjoindre une galerie. René fait également bâtir le châtelet et une série de corps de logis dans les années 1450.

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René d'Anjou finit par entrer en conflit avec son neveu le roi de France Louis XI à propos de l'héritage du duché. Louis XI décide de s'emparer du duché par la force et vient en Anjou en 1474 avec son armée, forçant René à renoncer à son projet de succession. Louis XI installe aussitôt une garnison dans le château et en confie le commandement à Guillaume de Cerisay. En 1485, Charles VIII fait recreuser les fossés qui étaient jusqu'ici simplement ébauchés. Par la suite, Jean Bourré est nommé capitaine du château et le dote en artillerie.

En 1562, on décide d'adapter le château aux nouvelles techniques de guerre. L'architecte Philibert Delorme est chargé des plans des travaux. Des terrasses d'artilleries sont établies au sud, côté cour, et derrière le rempart nord, entre la porte et le logis de gouverneur, où sont encastrés des boulets. Un bastion avancé est construit en avant de la porte des champs. Les fossés sont une nouvelle fois élargis.

En 1585, en pleine guerre de religion, les catholiques et les protestants se disputent le château. Henri III donne alors l’ordre de le raser afin qu’aucun des partis ne puisse l'utiliser contre lui. C'est au gouverneur du château, Donadieu de Puycharic, de mener la démolition à bien. Les tours sont décoiffées et le couronnement est abattu. La démolition est lente : les travaux sont suspendus à six reprises, puis finalement abandonnés à la fin des luttes. La grue de démolition restera en place jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. En 1595, de nouvelles terrasses d'artillerie sont aménagées, puis certaines meurtrières sont changées en canonnières.

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Logis royal

Le château est encore utilisé en 1648 quand les bourgeois d'Angers se révoltent contre le gouverneur, puis de nouveau pendant La Fronde. Le château est alors utilisé comme prison d'état et maison de retraite pour invalides. En 1661, Louis XIV ordonne à d'Artagnan d'arrêter Nicolas Fouquet, le surintendant des finances que le roi soupçonne d'avoir détourné douze millions de livres au Trésor Royal. Après son arrestation au château de Nantes, Fouquet est conduit au château d'Angers où il réside trois semaines. Au cours du XVIIIe siècle, une garnison modeste commandée par un lieutenant du roi y est hébergée, le château commence à souffrir du manque d'entretien.

Pendant la Révolution, en 1789, le château devient le siège du Comité Révolutionnaire d'Angers. Au début de messidor an I (fin juin 1793), les Vendéens, de retour de la Virée de Galerne, assiègent sans succès la ville et son château. La forteresse est alors de nouveau utilisée comme prison durant la Terreur et les guerres de Vendée.

En 1806, la démolition de l'ouvrage avancé de la porte des Champs est autorisée afin de mettre en place un boulevard. Le château est converti l'année suivante en prison civile et militaire. En 1813, la chapelle est coupée par un étage afin d'accueillir deux cents marins anglais prisonniers des guerres napoléoniennes. Deux ans plus tard, après la défaite définitive de l'empereur, les Prussiens occupent la forteresse. Elle est réoccupée en 1817 par l'armée française qui la transforme en arsenal et en garnison. En 1857, le Conseil Général devient propriétaire du château.  

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En 1912, la ville d'Angers prend les fossés en location et les aménage en jardins. Elle y place des daims et biches en 1936. Des négociations ont lieu entre l'armée et la Direction générale des Beaux-Arts concernant le château. En juillet 1939, les négociations aboutissent et les plans de restauration sont ébauchés. Le projet est interrompu par la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands occupent le site et y entreposent leurs munitions. Les 15 et 16 mai 1944, l'armée allemande procède à l'évacuation des hommes présents et de leurs munitions, par crainte des bombardements alliés. Dix jours plus tard, les 25 et 26 mai, Angers subit son premier bombardement. Six bombes tombent sur le château, dont trois dans l'enceinte même. Une voûte de la chapelle s'effondre, le Logis royal est incendié, les toitures sont arrachées.

En 1945 démarre la reconstruction de la chapelle. Les constructions militaires légères sont démontées. En 1948, les jardins sont plantés et le château est ouvert au public. La restauration de la chapelle est complétée trois ans plus tard et celle-ci est inaugurée par l'évêque d'Angers. En 1952, la décision est prise de construire un bâtiment pour accueillir la tenture de l'Apocalypse. Celui-ci est inauguré le 30 juillet 1954. Entre 1970 et 1979, le quai Ligny est progressivement rasé par la ville afin d'aménager des voies rapides sur la rive gauche des berges de Maine et dégageant ainsi la vue sur les murailles.

En 2007, l'espace d'accueil et de billetterie est réaménagé. En février 2009, un nouvel espace d'accueil pour la galerie de l'Apocalypse est aménagé. Celui-ci intègre une boutique et un espace vitré permettant de présenter le cairn néolithique et les vestiges des chambres du palais comtal.

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Le logis du gouverneur

Le 10 janvier 2009, un incendie ravage le Logis royal. Il serait dû à un dysfonctionnement d'un chauffage électrique. Grâce à la réactivité des employés, les précieuses tapisseries sont mises à l'abri et aucune œuvre n'est endommagée. La toiture du bâtiment est en revanche détruite : les dégâts sont estimés à 2 millions d'euros. La ministre de la Culture, Christine Albanel, déclare que la reconstruction du bâtiment sinistré est envisagée pour le second trimestre 2009. Finalement, les travaux dureront trois ans pour un budget trois fois supérieur. L'incendie a en effet non seulement détruit la toiture, mais l'eau pour l'éteindre suivi du gel les jours suivants ont grandement endommagé toute la maçonnerie qui a dû être changée en grande partie. Par ailleurs, les bâtiments de France en ont profité pour rendre le monument accessible aux personnes à mobilité réduite en installant un ascenseur.

D'octobre 2009 à janvier 2010, le château accueille l'exposition internationale « Splendeur de l'enluminure. Le roi René et les livres », organisée pour les 600 ans de la naissance du roi René. Celle-ci expose 47 manuscrits et feuillets enluminés dont 23 exposés pour la première fois en France. L'exposition permet au château d'attirer 190 000 visiteurs en 2009, soit le record du nombre d'entrées sur une année, en faisant un des sites les plus visités de Maine-et-Loire. En juin 2012, la rénovation du logis royal est terminée, et le rez-de-chaussée est ouvert aux visiteurs en l'attente de l'installation d'une scénographie en 2014. Celle-ci ouvre en octobre 2014, mettant un terme aux travaux de restauration.

La tenture de l'Apocalypse y est conservée depuis 1954, toutefois les larges baies qui laissent passer les rayons du soleil et de la lune dégradent les couleurs. Des rideaux sont installés en 1975, puis des barres d'accrochages afin d'éviter le contact entre la tenture et le mur en 1980. D'abord présenté sur un fond rouge, celui-ci est remplacé en 1982 par un fond beige, puis en 1996, lors du réaménagement de la galerie, par un fond bleu sombre. Une température constante et une lumière tamisée est mise en place pour limiter l'altération des couleurs.

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La tenture de l'Apocalypse est une représentation de l'Apocalypse de Jean réalisée à la fin du XIVe siècle sur commande du duc Louis Ier d'Anjou. Cette œuvre est le plus important ensemble de tapisseries médiévales subsistant au monde. L'ensemble, composé de six pièces successives découpées chacune en quatorze tableaux, est exécuté d'après des cartons de Hennequin de Bruges et témoigne du prestige de son commanditaire. La tenture est léguée à la cathédrale d'Angers au XVe siècle par le roi René.

Après une longue période de négligence et de dégradations, elle est partiellement recomposée à partir du milieu du XIXe siècle, puis conservée et exposée dans la très longue galerie construite à cet effet.

D'après Wikipédia